Jaime Lopez Molina

L’artiste Jaime Lopez Molina

L’artiste espagnol Jaime López Molina a participé aux Cinemovidas 2019 et 2020. Ce lien permet de voir une de ses expositions : « Greguerías visuales » conçue comme un  hommage à l’écrivain Ramón Gómez de la Serna. Elle est actuellement diffusée par la chaîne TVE 2.

 

 

Pérou, la valse des présidents :

Pérou, la valse des présidents : quatre en trois ans, trois en une semaine

Depuis 35 ans, la vie politique péruvienne est très mouvementée et aucun président de la république n’a échappé aux accusations de corruption, voire à la prison.

Alan García, (1986 et 1990) accusé de corruption pendant son premier mandat, avait pu se représenter en 2006 grâce à une opportune prescription. Impliqué dans le scandale Odebrecht et celui des Panama Papers, il s’est suicidé en 2019, avant son arrestation.

Alberto Fujimori (1990-2001) Sa présidence marque le tournant vers l’autoritarisme et les affaires de corruption. Après 2 mandats, sa réélection en 2000 est contestée. Une mobilisation populaire de grande ampleur, il fuit au Japon, d’où il renonce à la présidence. Le Congrès le déclare en « incapacité morale permanente » et son président, Valentin Paniagua, occupe la Présidence par intérim. Jugé après son extradition, Fujimori a écopé d’une lourde peine de prison pour avoir été en plus reconnu coupable de crimes contre l’humanité[1].

Son successeur Alejandro Toledo (2001-2006), est impliqué dans le scandale Odebrecht[2] qui a éclaboussé tous les pays d’Amérique du sud ou presque. Réfugié aux Etats Unis pour échapper à la justice il a été arrêté en 2019 et il est assigné à résidence en attendant une possible extradition. La justice de ce pays a d’ores et déjà approuvé l’extradition de son épouse Eliane Karp.

Ollanta Humala, (2011-2016) lui aussi accusé de corruption (Odebrecht encore) et en attente de jugement, a été brièvement incarcéré en compagnie de son épouse.

Pedro Pablo Kuczynski, élu en 2016, évite une première destitution en se rapprochant du clan Fujimori , alors qu’il avait été élu pour éviter que Keiko Fujimori, la fille de l’ancien dictateur, n’arrive au pouvoir. Mis en cause dans plusieurs affaires de corruption, (Odebrecht toujours mais pas uniquement), il finit par démissionner en mars 2018. Il est actuellement assigné à résidence, son état de santé lui évitant la prison préventive.

Et nous voici arrivés à la situation présente.

Le vice-président Martín Vizcarra, ancien gouverneur du département de Moquegua, succède à Pedro Pablo Kuczynski. Il s’est déjà fait remarquer en tant que gouverneur puis en tant que ministre des transports par sa volonté de lutter contre la corruption endémique dans le pays.

Son programme comporte une réforme du financement des partis politiques, une réforme du Conseil National de la Magistrature, fortement entaché de corruption , le passage d’un Parlement unicaméral à un Parlement bicaméral , ainsi que la limitation du nombre de mandats des parlementaires et la levée de leur immunité. Réformes dont ne veulent pas les députés car elles diminueraient leur pouvoir et beaucoup se sentent directement menacés par la lutte contre la corruption (68 députés sur 130 sont actuellement sous le coup d’une enquête pour corruption).

Le Président Vizcarra se heurte rapidement à un Parlement, dominé par les partisans de Keiko Fujimori , qui refuse à plusieurs reprises la confiance au Premier Ministre, notamment sur des sujets liés à la lutte anti-corruption. Le Président Vizcarra soumet son programme à la population par un
référendum dont le résultat le renforce. Il dissout le Congrès en septembre 2019 et convoque des élections législatives anticipées en janvier 2020. Les élections générales restant fixées au 11 avril 2021.

Le nouveau Congrès, où les partisans de Keiko Fujimori ont perdu la majorité, prend ses fonctions en mars 2020. La crise sanitaire et la crise économique causées par la pandémie n’empêchent pas la confrontation entre l’exécutif et le législatif de se poursuivre et la crise politique rebondit. Se basant alors sur des dénonciations anonymes, le Parlement accuse le Président Vizcarra de corruption et, outrepassant ses droits, car il sort du cadre Constitutionnel, le destitue pour « incapacité morale ». Il est remplacé le lundi 10 novembre 2020 par le président du Parlement Manuel Merino.
Pour s’opposer à la destitution de Martín Vizcarra, des manifestations populaires et pacifiques ont lieu dans tout le pays, organisées essentiellement par les jeunes de moins de 30 ans. Elles sont durement réprimées et laissent un bilan de deux morts et de nombreux blessés. Au bout de cinq jours et après avoir été destitué par le même Congrès qui l’avait nommé Président, Manuel Merino démissionne et il est remplacé le 16 novembre par Francisco Sagasti , Ingénieur Industriel et ancien fonctionnaire de la Banque Mondiale. Il avait voté contre la destitution de Martín Vizcarra et devrait assurer l’intérim jusqu’aux élections législatives et présidentielles du 11 avril 2021.

Cette vidéo offre une bonne approche du début de la crise.

https://www.facebook.com/1645891369069574/posts/2821897731468926/?sfnsn=scwspwa

Cette autre vidéo montre l’ambiance d’une manifestation à AYACUCHO :

https://www.facebook.com/223254217710233/posts/3510103415691947/?sfnsn=scwspwa

[1] Il s’agit du meurtre de paysans et d’étudiants perpétrés par des escadrons de la mort dans le cadre de la lutte contre la guérilla maoïste « Sentier Lumineux »

[2] Odebrecht est une entreprise brésilienne, qui opère dans la construction, la pétrochimie, la défense, la technologie, le transport et la logistique, le carburant et d’autres secteurs. Elle est accusée d’avoir obtenu des marchés dans de nombreux pays en échange de pots de vins.

[3] Il avait gracié l’ancien dictateur en échange du soutien de ses partisans. Grâce annulée par la Cour Suprême.

[4] César Hinostroza, l’ancien président du Tribunal Suprême est actuellement en instance d’extradition depuis l’Espagne où il s’est réfugié.

[5] Le Parlement péruvien était bicaméral jusqu’à l’adoption d’une nouvelle constitution en 1993 après le coup d’état de Fujimori en 1992 qui l’avait dissous, sans que les péruviens ne s’en émeuvent outre mesure, tant il (le Parlement) était discrédité.

[6] Depuis l’ère Fujimori, les partis politiques ont explosé et les groupes politiques actuels sont inféodés à des lobbys économiques ou religieux, comme l’Opus Dei, ou à des organisations criminelles qui ont pris le contrôle

du Parlement. Les députés votent des lois qui favorisent ces lobbys ou les favorisent personnellement. Une équipe de procureurs anti-corruption a été montée pour tenter de combattre ces différentes mafias.

[7] Après sa défaite en 2016 Keiko Fujimori avait annoncé : « Désormais nous gouvernerons depuis le Congrès ! »

[8] Les élections générales, présidentielles et législatives ont lieu tous les cinq ans. En cas de dissolution du Congrès, le mandat des nouveaux élus ne vaut que jusqu’aux élections générales. La même règle s’applique à un Président par intérim.

[9] On notera toutefois que la situation économique du Pérou, certes impactée par la pandémie, est loin d’être désespérée. En dépit d’un taux d’informalité de 60%, le PIB en dents de scie affichait une croissance légèrement supérieure à 3% en 2019 et la pauvreté avait reculé pour se situer autour de 20% de la population.

[10] Le Président Sagasti a pris ses fonctions 20 ans jour pour jour après Valentin Paniagua, qui avait remplacé Alberto Fujimori dans des conditions similaires. Dans la mémoire du peuple péruvien Valentin Paniagua est le symbole de la droiture et de l’apaisement du pays. Espérons que c’est de bon augure.

Covid 19 en Espagne et Amérique Latine

LE COVID 19 EN ESPAGNE ET EN AMERIQUE LATINE

Chers amis, vous suivez sans doute avec inquiétude la progression de la pandémie dans notre pays, mais nous voudrions vous donner quelques informations sur l’Espagne et l’Amérique latine, touchées aussi par le virus.

En Espagne, où l’on s’approche des 40.000 victimes, la lutte contre le virus se double d’une lutte politique acharnée. Le Parti Populaire (droite) et Vox (extrême droite), qui ont formé des coalitions pour gouverner certaines villes ou certaines régions veulent absolument rendre le gouvernement d’union PSOE (parti socialiste) et Podemos (extrême gauche) responsable de tout. La gestion de l’épidémie est rendue difficile par la décentralisation. Chaque région n’en faisant qu’à sa tête. L’ex président catalan Torra allant jusqu’à prétendre que si la Catalogne avait été indépendante, il n’y aurait pas eu de morts. Les voix qui se font entendre en France contre le centralisme et qui louent, avec raison, le modèle allemand décentralisé des länder, devraient jeter un coup d’œil sur l’Espagne où un système semblable donne des résultats catastrophiques. Le cas le plus emblématique est la Communauté de Madrid, gouvernée par le PP qui refuse d’appliquer les mesures sanitaires ou qui change de critère dans un sens ou dans l’autre, de manière incohérente. Les bars et discothèques fonctionnent jusqu’à 22h et sont peu nombreux à respecter la jauge et les mesures sanitaires. La Communauté de Madrid n’hésite pas à mentir sur les chiffres, à les transmettre au compte-gouttes, avec parfois un retard d’un mois. On a l’impression que les dirigeants du PP s’inspirent de la stratégie de Donald Trump. En diminuant le nombre de tests, on diminue le nombre de cas. Ajoutons que la privatisation des hôpitaux madrilènes, projet phare du précédent gouvernement du PP et source d’une énorme corruption, a considérablement affaibli le système sanitaire régional.

En Amérique latine, malgré un confinement plus ou moins strict selon les pays, les morts sont nombreux car des systèmes sanitaires sous dimensionnés ne peuvent faire face à une catastrophe de cette ampleur. D’autre part, l’économie « informelle » qui, selon les pays, peut fournir de 30 à 60% des emplois du type vendeur ambulant, a subi une perte de 34 millions d’emplois depuis le début de la pandémie.

Le pays le plus touché est le Brésil avec plus de 165.000 morts officiels, mais le nombre de victimes est probablement supérieur. Son président se fiche éperdument des effets de la pandémie. Nous allons tous mourir un jour, vient-il de déclarer, alors arrêtons de pleurnicher comme des pédés (sic).

Vient ensuite le Mexique, qui a dépassé les 100.000 morts. Le taux de mortalité très élevé à Mexico est dû aux nombreux problèmes de santé, diabète, obésité, hypertension, qui touchent la population de la capitale et dont la prépondérance est parmi les plus élevées au monde.

L’Argentine, la Colombie et le Pérou, enregistrent chacun plus de 35.000 morts. Dans ce dernier pays, on avait pu voir au plus fort de la première vague, des malades traités dans leur voiture avec des bouteilles d’oxygène d’origine industrielle. La Bolivie et le Paraguay sont durement touchés aussi.

En Equateur la région de Guayaquil a donné un bien triste spectacle au début de la première vague, en raison de l’absence de réaction des autorités politiques et sanitaires, les morts attendant plusieurs jours dans les rues avant d’être enlevés. Là encore le nombre de victimes (13.000) semble sous-évalué.

Au Chili, l’héritage des privatisations du temps de Pinochet se fait toujours sentir. Le virus affecte davantage les pauvres et la classe moyenne que les riches qui seuls disposent d’un système de santé privé à la hauteur.

Au Venezuela, où les hôpitaux manquaient déjà de tout avant l’épidémie, le nombre de victimes avancé par le gouvernement Maduro est peu crédible. Une vaccination massive avec le vaccin russe est programmée pour le mois de décembre.

En Amérique centrale, l’ouragan qui a dévasté la région ces derniers jours ajoute du malheur, des destructions et des morts à des pays déjà durement touchés par l’épidémie. Les statistiques du Nicaragua ne sont pas crédibles, le dictateur Ortega et sa femme évangéliste étant dans le déni. Ortega a déclaré récemment que le covid était un signe de Dieu

Les pays qui ont réussi à contenir l’épidémie sont l’Uruguay, le Costa Rica et Cuba qui disposent d’un système de santé de qualité. En Uruguay et au Costa Rica, le consensus entre le gouvernement et l’opposition, fruit d’une longue tradition démocratique, a permis d’appliquer très vite les mesures sanitaires efficaces. Cuba, enfin, a appliqué des mesures de quarantaine strictes et a fermé ses frontières aux touristes pendant sept mois, malgré l’impact de cette fermeture sur l’économie.